| Publié dans Consommation et tendances

Quel avenir pour le mariage homosexuel 30 ans après les premières unions légales ?

Il y a 30 ans de cela, le 1er octobre 1989, le Danemark célébrait les premières unions homosexuelles légales. Il ne s’agissait pas alors d’un mariage au sens strict du terme, mais, pour la première fois, la puissance publique établissait une égalité devant la loi entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels. Le rapport compliqué entre l’État et les relations amoureuses entre personnes de même sexe remonte aux origines de notre civilisation et les questions qu’il pose n’ont pas attendu notre époque contemporaine pour surgir. Pourtant, depuis l’antiquité, ce rapport ne fait toujours pas consensus et les États le règlent chacun à leur manière.

Où en est-on aujourd’hui ? Comment en est-on arrivé là ? Et quels sont les enjeux actuels de la question ? Voici les questions abordées dans cet article.

 

 

Où en est-on aujourd’hui ?

 

À l’heure actuelle, le mariage homosexuel est légal dans 28 États sur les 193 recensés par l’ONU. Cela représente 15 % de la population mondiale. Comme évoqué en introduction, le Danemark a été, en 1989, le premier pays à reconnaître légalement l’union entre deux personnes de même sexe. Mais ce sont les Pays-Bas, en 2001, qui ont été les premiers à rendre légal un véritable mariage homosexuel, ouvrant aux époux les mêmes droits que le mariage hétérosexuel.

En 18 ans, beaucoup d’autres nations leur ont emboîté le pas et la France a rejoint leurs rangs en 2013, après un débat public qui a largement divisé la société. Le 8 juillet dernier, l’Équateur est devenu le dernier pays en date à légaliser cette union et, en 2020, l’Irlande du Nord et le Costa Rica prévoient de se prononcer à leur tour sur la question.

La plupart des États qui reconnaissent le mariage homosexuel s’apparentent à ce que l’on appelle la « culture occidentale ». Ils appartiennent ainsi à l’Europe de l’Ouest, à l’Amérique ou à l’Australie. Parmi les autres États de culture occidentale qui ne reconnaissent pas ce mariage, certains reconnaissent d’autres formes d’union légale (comme c’était le cas avant 2013 en France avec le PACS) ou, au minimum, reconnaissent l’existence de couples homosexuels. En revanche, dans certains pays d’Afrique, d’Océanie ou du Moyen-Orient, l’homosexualité est en elle-même considérée comme illégale. Dans ces pays, sa condamnation va de simples peines de prison à la prison à vie, voire à la peine de mort.

Entre les États qui condamnent à mort les personnes homosexuelles et ceux qui leur donnent des droits en tous points égaux aux personnes hétérosexuelles, l’éventail des approches de la question est donc on ne peut plus large. Or, cette question a toujours divisé depuis les origines de notre civilisation.

 

L’union homosexuelle dans l’histoire : une question millénaire

 

Dans l’antiquité gréco-romaine, il n’était pas rare de voir des hommes s’engager à la fois dans des relations avec une femme et avec d’autres hommes. Leurs amours homosexuelles sont rarement allées jusqu’au mariage au sens strict du terme, mais les historiens qui ont travaillé sur la question ont montré que ces relations prenaient parfois la forme de mariages officieux, l’homme le plus aisé assumant par exemple les dettes de son amant, comme le veut le devoir de solidarité financière entre deux époux. D’ailleurs, les personnes les plus élevées dans la hiérarchie de l’État ne dérogeaient pas à cette culture de la bisexualité. Et, pour le coup, l’empereur Néron et son amant, l’éphèbe Sporus, font partie des rares Romains à avoir été légalement mariés.

Si la religion chrétienne condamne clairement les unions homosexuelles aujourd’hui, elle ne l’a pas toujours fait de manière aussi tranchée. Certes, l’émergence du Christianisme a fait reculer les pratiques homosexuelles dans la société romaine, mais, à cette époque, le clergé a longtemps entretenu un flou sur le sujet. En théorie, l’homosexualité était condamnée, car elle ne donnait pas lieu à la procréation, mais, en pratique, elle était largement tolérée, parfois au sein même du clergé.

 

 

Du reste, les unions homosexuelles ne se limitent pas à l’histoire de l’Occident. De nombreux récits de voyages d’époques diverses témoignent de leur existence dans les sociétés africaines, amérindiennes ou asiatiques. Dans l’Afrique précoloniale, des anthropologues du XXe siècle ont par exemple observé dans la région du Soudan actuel de véritables mariages homosexuels transgénérationnels, entre des hommes et des garçons, les premiers prenant généralement en charge la situation financière de leur « belle-famille ».

Or, ce qui fait débat aujourd’hui, ce n’est pas réellement la reconnaissance de couples homosexuels, mais les conséquences pour la société qu’implique le fait de les mettre sur un plan d’égalité avec les couples hétérosexuels.

 

Les enjeux actuels et futurs du mariage homosexuel : égalité et parentalité

 

À une époque où presque tous les États sont imbriqués dans des réseaux d’organisations internationales dont les règles sont censées s’appliquer aux législations nationales, la question du mariage homosexuel est indissociable de la question des droits de l’homme. C’est le premier enjeu des débats ouverts au cours des dernières décennies. Autrement dit, la question est de savoir si le fait d’interdire le mariage homosexuel est contraire ou non au principe d’égalité devant la loi de tous les citoyens. Est-ce que, parce qu’on aime une personne du même sexe que soi, il est légitime de nous interdire ce que l’on autorise à ceux qui aiment des personnes du sexe opposé ?

La Cour européenne des droits de l’homme a tranché en 2010 : la fait de réserver le mariage au couple hétérosexuels ne constitue pas une discrimination et doit être laissé à l’appréciation de chaque État. Pourtant, ces dernières années, plusieurs résolutions du Parlement européen ont demandé aux États membres d’adapter leurs législations pour en finir avec les discriminations envers les couples homosexuels, notamment au sujet de la parentalité.

De l’autre côté de l’Atlantique, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a été plus affirmative, en exigeant en 2018 que tous ses membres légalisent le mariage homosexuel. Preuve s’il en fallait que le débat politique sur l’égalité des couples dans leur droit à s’unir devant la loi existe jusqu’au plus haut niveau législatif.

Or, ce qui divise surtout opposants et partisans du mariage homosexuel dans nos sociétés occidentales, c’est moins la question de l’égalité que celle des conséquences sur la parentalité. Selon la législation des différents pays, légaliser le mariage entre deux personnes de même sexe, c’est en même temps légaliser l’adoption, voire la procréation médicalement assistée pour ces personnes. C’est donc en faire des parents potentiels reconnus par la loi. Le débat bascule ainsi de l’égalité vers la vision de la parentalité et de la société au sens large.

Après 30 ans de débats centrés sur l’égalité des couples homosexuels et des couples hétérosexuels, c’est à la lumière des enjeux de société que devraient être animés les débats sur le mariage homosexuel durant la prochaine décennie.

Étiquettes : , ,