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Droits de l’homme : 4 activistes majeurs dont on parle peu

Chaque année depuis 1968, le 10 décembre est l’occasion de célébrer la Journée internationale des droits de l’homme, en l’honneur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948. Cette journée est vouée à promouvoir les droits humains et à rappeler qu’ils sont encore largement ignorés ou menacés dans beaucoup de pays.

Afin de mettre en lumière l’action des militants qui œuvrent quotidiennement à la défense des droits de l’homme, l’ONU a créé un prix, décerné tous les cinq ans à ces combattants du progrès. Ce Prix des droits de l’homme a été attribué à des personnalités particulièrement célèbres, comme Eleanor Roosevelt, Martin Luther King, Nelson Mandela ou Jimmy Carter. Mais il a aussi permis de donner plus de visibilité à des militants plus anonymes et donc aux causes pour lesquelles ils se battent.

Voici quatre de ces militants peu médiatisés, qui, chacun à leur manière, ont pourtant eu une influence considérable sur les droits de l’homme.

 

journée internationale des droits de l'homme

 

Joênia Wapichana

Enregistrée à l’état-civil sou le nom de Joênia Batista de Carvalho, elle a choisi de militer pour les droits des indigènes brésiliens sous le nom de Wapichana, qui fait référence au peuple dont elle est originaire. Ce peuple vit dans les savanes et les forêts tropicales de Guyane et du Brésil, territoires fortement impactés par l’exploitation du diamant et de l’élevage extensif. Première femme indigène à devenir avocate, Joênia a obtenu en 2008 du Tribunal Suprême Fédéral la démarcation des terres d’une réserve pour les peuples indiens du Roraima (État du nord du Brésil). À la suite de cela, elle a été mandatée pour participer au forum des Nations Unies sur les questions autochtones et elle est devenue, en 2018, la première femme indigène brésilienne à être élue députée fédérale.

Que ce soit comme avocate ou comme femme politique, son engagement au cours des vingt dernières années a largement participé à faire avancer la cause des peuples indiens d’Amérique du Sud.

 

René Cassin

Juriste français de haut niveau, il refuse en 1940 l’armistice signé par le maréchal Pétain avec l’Allemagne et embarque pour l’Angleterre le 24 juin, afin d’y rejoindre le général De Gaulle. Ses compétences sont rapidement mises à contribution, notamment pour rédiger et négocier avec Churchill les statuts de la France libre, pour présider le Conseil d’État du gouvernement provisoire, puis, après la Libération, pour réviser les textes législatifs promulgués par le gouvernement de Vichy et réintégrer les citoyens juifs dans leurs droits.

Après la guerre, il devient un acteur majeur de la défense des droits de l’homme dans les organisations internationales. Membre des délégués fondateurs de l’UNESCO en 1946, il intègre ensuite la Commission des droits de l’homme aux Nations Unies et fait partie du groupe de juriste nommé pour rédiger la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Par la suite, il recentre ses activités au sein des institutions européennes et notamment à la Cour européenne des droits de l’homme. Sa longue carrière dans les organisations internationales fait de lui l’un des techniciens du droit les plus importants du XXe siècle.

En définitive, René Cassin aura œuvré avec succès pour l’abolition de la torture et de l’esclavage, pour la protection des langues régionales et des minorités ou encore pour la télévision sans frontières. Un de ces hommes de l’ombre, peu connus du grand public et qui ont pourtant fait avancer les choses…

 

Hiljmnijeta Apuk

Née en ex-Yougoslavie en 1956, elle a suivi une formation d’économiste et de juriste dans l’actuel Kosovo et elle milite depuis plus de 30 ans pour les droits des personnes handicapées. Elle a d’abord développé son action au sein de l’ONG kosovare pour les dystrophies musculaires, dont elle est devenue présidente, avant de fonder l’ONG « Little People of Kosovo », pour défendre et améliorer les droits des personnes de petite taille.

Hiljmnijeta Apuk est ainsi devenue l’une des principales activistes à l’international dans le domaine et a été désignée membre de l’Assemblée générale des Nations unies sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Lauréate du prix des droits de l’homme en 2013, son action demeure pourtant très peu médiatisée, au point que la plateforme anglaise de Wikipédia n’a pas encore créé de page à son nom.

 

Khadija Ryadi

Née en 1960 dans une famille de Taroudant qui a donné naissance à plusieurs résistants à la présence Française au Maroc, elle a suivi une formation de statisticienne à l’INSEA, avant d’être embauchée au ministère marocain des finances. Farouche activiste des droits de l’homme depuis 1983, elle a été élue en 2007, à l’unanimité, présidente de l’Association marocaine des droits humains. Et, malgré les réactions machistes suscitées par son élection, elle a occupé cette fonction jusqu’en 2013.

Khadija Ryadi fait partie de ces militants d’Afrique qui ont réussi à mener leur action en dehors des cercles de l’État, dans une tradition d’autonomie en proie à de nombreuses menaces et tentatives d’intimidation. Cette intimidation, elle l’a subie dans le cadre de son engagement associatif, mais aussi dans la rue, à l’occasion des nombreuses manifestations auxquelles elle a participé, s’exposant à plusieurs reprises à la force policière.

À contre-courant de la politique marocaine, elle a avant tout milité pour une révision de la Constitution afin de l’harmoniser avec les traités internationaux. Mais elle a aussi défendu les dossiers de l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment sur la question de l’héritage, de l’abolition de la peine de mort ou encore du respect des libertés privées et de la laïcité. Discrétion et ténacité sont les deux qualificatifs qui décrivent le mieux cette militante infatigable.

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