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Covid-19 : quel déconfinement après le 11 mai ?

Hier soir, lundi 13 avril, le Président de la République a annoncé le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai. À cette date, les écoles, collèges et lycées devraient rouvrir, mais on ne connaît pas encore les modalités de mise en œuvre du déconfinement total.

Nous pouvons toutefois tenir compte de l’avis du Conseil Scientifique, qui affirme que, pour être mis en œuvre, le déconfinement nécessite que trois critères soient remplis :

  1. Les services hospitaliers (en particuliers ceux de réanimation) ne devront plus être saturés.
  2. Le nombre de nouveau cas de personnes infectées devra être suffisamment bas pour pouvoir faire l’objet d’un dispositif de détection systématique.
  3. Les éléments de la stratégie post-confinement (mesures de distanciation, outils de suivi, matériel sanitaire…) devront être opérationnels.

Or, c’est ce troisième point qui interroge : quelle tournure le déconfinement prendra-t-il ?

Si le gouvernement réfléchit à la manière de le mettre en place, il n’est pas entièrement maître de sa chronologie, ni des conditions de reprise de l’économie.

Voici, au moment où nous écrivons cet article, les hypothèses les plus envisageables sur cette question.

 

 

Un déconfinement progressif en fonction de l’âge ou de la région ?

Après avoir préconisé la généralisation du port du masque, l’Académie de médecine a également pris position en faveur d’un déconfinement par étapes, selon les régions. L’idée serait ainsi de débuter le déconfinement d’abord dans les régions au sein desquelles les indicateurs épidémiologiques sont en baisse et les capacités d’accueil des services de réanimation revenues à la normale.

Cette position est également, à peu de choses près, celle qui est préconisée aux État-Unis par une étude baptisée « A road map to reopening », dont la recommandation est de déconfiner le pays État par État, dans un ordre chronologique et lorsque le nombre de cas est en baisse depuis plus de 14 jours.

Concrètement, cela pourrait conduire le gouvernement français à débuter le déconfinement dans les régions touchées en premier, donc l’Île de France et la région Grand Est.

Des cartes de déconfinement progressif de la France ont d’ailleurs circulé sur internet ces derniers jours, mais elles ne se fondent sur aucune information officielle. Il n’y a donc aucune raison d’en tenir compte à ce jour.

De la même manière, bien que certains médecins aient évoqué dans les médias la possibilité d’un déconfinement par tranche d’âge, cet axe de travail n’a pas été évoqué par les institutions officielles. Il ne s’agit pour l’instant que d’une rumeur dont il n’y pas lieu de tenir compte, une fois encore. La seule piste évoquée par les autorités consiste à envisager un maintien du confinement pour les personnes les plus âgées d’entre nous.

 

Quelles mesures sanitaires à la sortie du confinement ?

Les spécialistes des épidémies et les membres du gouvernement ont entamé des réflexions sur la meilleure façon de ne pas relancer l’épidémie lorsque le déconfinement sera mis en œuvre.

Le 2 avril, le Conseil Scientifique avait ainsi déclaré dans son rapport que le but était de mettre en place des « stratégies de contrôle de l’épidémie plus facilement supportables et moins coûteuses pour la société française ».

Dans la continuité des recommandations de l’Académie de médecine, il ne fait aucun doute que ces stratégies de contrôle du Covid-19 passeront par un maintien, au-delà de la période de confinement, des mesures dites « barrières ».

Ainsi, les écoles, d’abord, puis les restaurants, les commerces et les autres lieux publics ouvriront progressivement. Mais les rassemblements d’un nombre important de personnes ne devraient pas être autorisés tout de suite, de la même manière que devraient être maintenues pendant un certain temps les consignes de respect d’une distance sanitaire, de restriction des déplacements ou encore de port de masques.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé travailler sur une application de traçage numérique, baptisée « stop covid ». Elle permettrait d’avertir les Français lorsqu’une personne de leur entourage (ou une personne croisée au cours des 15 derniers jours) sera testée positive au Covid-19. La Corée du Sud et Singapour ont déjà mis en place des outils similaires, avec des résultats plutôt satisfaisants.

Mais, pour certains observateurs, il s’agirait d’une sorte de « flicage » d’État, qui contreviendrait à certaines libertés individuelles et poserait des problèmes de protection des données. Quoi qu’il en soit, la CNIL a d’ores et déjà donné son feu vert et le seul fait d’envisager une solution de cet ordre montre combien l’enjeu du déconfinement est complexe…

Car il nous reste à déterminer où placer les limites face à la nécessité d’endiguer l’épidémie. Cette question devient de plus en plus incontournable à mesure que l’économie française soufre chaque jour un peu plus face au virus.

 

Que peut-on attendre de la « reprise économique » ?

On le voit depuis le début du confinement, le secteur industriel, s’il n’est pas totalement à l’arrêt, fonctionne au ralenti, beaucoup de travailleurs du tertiaire ont été mis au chômage partiel et les commerces de biens non essentiels ont été contraints de baisser le rideau. Même si l’État déploie de vastes dispositifs d’aides aux travailleurs et aux entreprises, l’économie française est proche de l’asphyxie, comme celle de beaucoup de nos partenaires commerciaux.

L’objectif est d’éviter les faillites en cascade et l’augmentation soudaine du chômage, deux phénomènes qui pourraient remettre sérieusement en cause la possibilité d’une reprise économique après l’épidémie.

Lors de la crise de 2008, le recours au chômage partiel avait d’ailleurs été l’une des armes les plus efficaces dans les pays qui l’avaient employée, à l’image de l’Allemagne. Mais les analystes économiques nous prédisent une crise plus importante qu’en 2008, qui pourrait faire baisser le PIB de l’UE de 5 à 10% en deux mois.

Cela dit, à la différence de la crise de 2008, provoquée par une économie américaine qui fonctionnait au-dessus de ses capacités réelles à cause d’un usage excessif du crédit, la crise de 2020 pourrait être plus passagère. C’est le côté positif de la situation actuelle ! À la reprise, la consommation d’un certain nombre de biens durables (par exemple les automobiles) devrait en effet connaître une forte croissance, permettant de rattraper une partie du retard pris pendant l’épidémie.

D’une certaine manière, notre économie actuelle n’est que « grippée », alors que celle de 2008 était atteinte de manière plus durable et profonde.

En revanche, dans un contexte d’économie mondialisée, les effets de la pandémie risquent de laisser beaucoup de traces dans les échanges internationaux. À titre d’exemple, les exportations de la France représentent 30 % du PIB. La reprise de l’économie française ne pourra donc se faire sans une reprise de l’économie des pays avec lesquels nous faisons du commerce.

Plus longtemps durera le confinement en France et dans le monde, plus dure sera la relance de l’économie française, mais la possibilité d’une relance forte est une réalité.

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