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Brexit : peut-on éviter le « no deal » que tout le monde redoute ?

Alors que le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union Européenne depuis presque trois ans, les négociations de sa sortie sont aujourd’hui au point mort. La procédure est maintenant trop engagée pour envisager un retour en arrière et l’hypothèse d’une sortie sans accord se profile. Ce « no deal » qui inquiète les analystes n’a jamais été aussi proche.

Comment en est-on arrivé là et quelles sont les solutions envisageables à un mois de la date butoir ? Voici un résumé de la situation.

 

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Chronologie du Brexit

23 juin 2016 : le vote en faveur du Brexit

Le 7 mai 2015, après sa réélection au poste de Premier ministre, David Cameron initie l’organisation du référendum qu’il avait promis aux Britanniques pour leur donner le choix entre rester dans l’Union Européenne ou la quitter. À la suite d’une longue campagne qui divise le Royaume-Uni, une courte majorité d’électeurs se prononce en faveur du Brexit.

24 juin 2016 : Cameron annonce sa démission

Le Premier ministre ayant fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, il est contraint par le résultat du vote à démissionner pour laisser sa place à un politicien pro-Brexit, mieux disposé que lui à organiser la sortie de l’UE.

13 juillet 2016 : Theresa May est nommée Première ministre

Seule candidate au poste après le désistement de son unique concurrente, Theresa May est nommée Première ministre et elle s’entoure d’un gouvernement eurosceptique pour assurer un Brexit ferme, conformément à la volonté des électeurs britanniques.

17 janvier 2017 : Theresa May dévoile sa vision du Brexit

Alors que le référendum a eu lieu sept mois auparavant, Theresa May n’a toujours pas présenté son plan pour la sortie de l’UE ; ce qui lui vaut le surnom moqueur de « Theresa Maybe ». Le 17 janvier, elle présente enfin sa vision d’une « Grande-Bretagne mondiale ». Elle entend ainsi disposer d’un droit de contrôle total sur l’immigration, mais aussi négocier un accès privilégié au marché unique européen et surtout signer des partenariats commerciaux avec les grands acteurs économiques internationaux.

29 mars 2017 : l’UE déclenche la procédure de Brexit

Accusant réception de la demande britannique d’activer l’article 50 du traité de l’Union européenne, Donald Tusk, président du Conseil européen, lance officiellement la procédure de retrait du Royaume-Uni. Ce retrait devra être effectif sous deux ans, donc au plus tard le 29 mars 2019.

Avril 2017 – janvier 2019 : l’échec des cycles de négociations

Les négociations officielles entre les deux parties s’ouvrent le 19 juin 2017, lorsque Michel Barnier, « négociateur en chef », reçoit à Bruxelles le ministre britannique chargé du Brexit. Si Theresa May a déjà fait connaître son point de vue, les députés européens rappellent de leur côté avec fermeté que le maintien du Royaume-Uni dans le marché unique passe notamment par l’acceptation du principe problématique de libre circulation des personnes.

 

négociations brexit

 

Après plusieurs cycles de négociations, qui voient chacun des deux acteurs changer à plusieurs reprise son fusil d’épaule, l’UE et Theresa May annoncent, le 13 novembre 2018, avoir trouvé un accord de sortie. L’objectif principal de cet accord est d’éviter la réintroduction d’une frontière entre les deux Irlande. En contrepartie, le Royaume-Uni s’engagerait à respecter les règles européennes en matière de fiscalité, d’environnement et de normes sociales. Mais, du côté britannique, cet accord ne convainc ni les pro-Brexit, ni les anti-Brexit, et il est finalement rejeté par le parlement le 19 janvier 2019.

19 janvier 2019 – 29 mars 2019 : comment sortir de l’impasse ?

Alors que la date butoir de sortie de l’UE approche à grands pas pour le Royaume-Uni, l’hypothèse d’un « no deal », que tout le monde voulait éviter, devient de plus en plus probable. À ce jour, Theresa May n’est pas en mesure de proposer à son parlement une alternative à l’accord présenté au mois de janvier et elle ne peut pourtant se passer de l’aval de ses députés pour ratifier un accord de sortie avec l’UE. Des deux côtés de la Manche, les analystes commencent donc à envisager les conséquences d’un saut dans le vide pour la sixième puissance économique mondiale.

 

Les conséquences d’un « no deal » le 30 mars

Le 30 mars 2019, en l’absence de toute forme d’accord, le Royaume-Uni serait tout simplement considéré comme un État tiers, extérieur à l’Union européenne. Cela aurait donc pour effet immédiat de réintroduire une frontière et les droits de douane qui vont avec. Or, l’île britannique a massivement recours aux importations, notamment pour se nourrir et pour se soigner. La réintroduction des droits de douanes engendrerait donc une hausse des prix sur de nombreux produits de première nécessité.

 

conséquences brexit

 

D’un point de vue logistique, les nouvelles formalités administratives liées au passage de la frontière créeraient des ralentissements considérables pour les 10 000 camions qui la franchissent chaque jour. Imaginez qu’il faille ajouter ne serait-ce que deux minutes par camion pour contrôler que les papiers soient en règle… Cela produirait en quelques minutes un bouchon de plusieurs dizaines de kilomètres et risquerait de paralyser complètement le trafic routier.

Tout cela incite les économistes à prévoir, en cas de « no deal », une forte baisse du PIB britannique, une inflation difficile à contenir et un effondrement de la livre sterling.

 

Quels sont les scénarios envisageables à un mois de la date butoir ?

Ce scénario du « no deal » est bien sûr le plus pessimiste, mais il gagne chaque jour en crédibilité. Il entraînerait pourtant des troubles économiques et sociaux que l’on a du mal à évaluer et que les deux parties ont toutes les raisons de craindre.

Un autre scénario qui se profile est celui du « backstop », qui entérinerait le maintien de l’accord douanier actuel entre l’UE et le Royaume-Uni, tout en introduisant une nouvelle période de 21 mois pour renégocier point par point les différents aspects de cet accord. Or, si ces négociations ne devaient pas aboutir, les britanniques seraient contraints de rester dans le giron de l’UE et cette idée n’enchante guère les députés de la reine.

Alors, le scénario le plus crédible à court terme reste l’obtention d’un délai supplémentaire pour trouver un accord de Brexit qui conviendrait à tout le monde. Mais, compte tenu des élections européennes qui auront lieu au mois de mai, il est peu probable que l’Union Européenne octroie à Theresa May un délai supplémentaire de plus d’un mois pour faire ses valises.

Passé ce délai, le problème serait donc le même et la menace du « no deal » redeviendrait plus crédible que jamais…

 

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