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5 Palmes d’or de Cannes qui ont fait date dans l’histoire du cinéma

Demain, mardi 14 mai 2019, s’ouvrira la 72e édition du Festival de Cannes, sous la présidence d’Alejandro González Iñárritu, réalisateur et producteur mexicain. En 71 années d’existence, ce festival emblématique du septième art a vu défiler des milliers de films, dont certains on fait date dans l’histoire du cinéma. Nous vous proposons dans cet article de revenir sur cinq films majeurs, qui ont reçu la prestigieuse Palme d’or sur la Croisette et ont particulièrement marqué les cinéphiles.

 

palmes d'or festival de cannes

 

Un Homme et une Femme (1966)

Le 13 septembre 1965, Claude Lelouch se réveille dans sa voiture, au bord de la plage de Deauville, qu’il a rejointe désespéré la veille au soir, après l’échec cuisant de de son dernier film. À six heures du matin, sous une lumière magnifique, il aperçoit une femme, qui marche avec un enfant et un chien. Que peut-elle bien faire là à cette heure-ci ? C’est la question à laquelle il répondra avec son prochain film, Un homme et une femme, Palme d’or 1966.

L’histoire d’amour qu’il imagine alors entre une veuve et un veuf inconsolables s’inscrit dans une esthétique proche de celle de la Nouvelle vague. Caméra à l’épaule, confusion entre l’acteur et son personnage, montage minimaliste et dialogues réalistes rappellent la nouvelle manière de filmer de Truffaut, Godard ou encore Chabrol. Mais, peut-être plus que quiconque, Claude Lelouch se démarque par sa capacité à s’approprier les contraintes avec lesquelles il doit composer. Disposant d’un budget très faible pour Un homme et une femme, il doit par exemple se résoudre à tourner les scènes d’extérieur en couleurs et les scènes d’intérieur en noir et blanc. Or, au montage, cette contrainte devient un puissant levier pour transmettre l’émotion des souvenirs du passé qui resurgissent sans cesse dans la mémoire des personnages.

Après avoir réalisé, en 1986, la suite de son film le plus célèbre, Lelouch a annoncé un troisième volet pour 2019. Affaire à suivre…

Apocalypse now (1979)

Ce film inspiré d’un roman de Joseph Conrad, Au cœur des Ténèbres, est sûrement l’une des Palmes d’or les plus célèbres du Festival de Cannes. Primé en 1979, son intrigue se déroule en 1969, en pleine Guerre du Vietnam, à un moment où les États-Unis commencent à douter de leur capacité à remporter la victoire. Il s’agit certes d’un grand film d’aventure, qui retrace la longue remontée d’un fleuve par le capitaine Willard pour aller récupérer le capitaine Kurtz au cœur de l’enfer, mais il s’agit surtout d’un film politique, qui interroge les responsabilités individuelles et collectives dans l’histoire. Sorti quatre ans après la fin du conflit, c’est l’un des premiers films à dresser une critique si profonde de la position américaine et le fait que cette critique soit portée par l’introspection d’un soldat américain lui donne d’autant plus de poids. Une armée gangrénée par les trafics en tous genres, une société locale minée par les méfaits de la colonisation, le tout dans une atmosphère de brume et de mystère : ce film de Coppola est indéniablement un joyau du septième art.

Sous le Soleil de Satan (1987)

Ce film est surtout resté dans les mémoires pour la polémique suscitée par sa Palme d’or en 1987, mais ses qualités en font une œuvre incontournable de l’histoire du cinéma. « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus. » C’est la réponse qu’adressa son réalisateur, Maurice Pialat, aux sifflets des journalistes lors de la remise du prix le plus prisé de la Croisette. Beaucoup de critiques avaient alors une préférence pour Les Ailes du désir, de Wim Wenders, et voyaient dans Sous le Soleil de Satan, adapté du roman de Bernanos, un film trop élitiste.

 

sous le soleil de satan

 

Le jury du festival 1987, présidé par Yves Montand, lui a pourtant décerné la Palme d’or à l’unanimité. Et pour cause, les professionnels qui composaient ce jury ont su voir dans la mise en scène puissante de Pialat, qui mêle réalisme et mysticisme, un traitement audacieux et ambitieux de la question du sacré. D’ailleurs, Yves Montant, figure du cinéma populaire, n’a pas hésité à soutenir personnellement ce choix, répétant à qui voulait bien l’entendre que le cinéma avait besoin de réalisateurs cérébraux comme Pialat pour s’ériger en art majeur.

L’Éternité et un jour (1998)

Comme Sous le Soleil de Satan, L’Éternité et un jour a obtenu sa Palme d’or à l’unanimité des membres du jury. Il s’agit là encore d’un film exigeant, jugé élitiste par certains critiques, mais dont la poésie irradie chaque image.

Alors qu’il arrive au terme de sa vie, un célèbre écrivain grec se remémore son existence et rencontre un enfant immigré avec qui il va mener un dernier voyage. En découle un road-movie qui ne brille pas par la complexité de son scénario mais par la sensibilité sophistiquée de son réalisateur, Théo Angelopoulos.

 

l'éternité et un jour

 

Une scène particulièrement marquante du film restera gravée dans la mémoire des cinéphiles, celle des réfugiés suspendus aux barbelés de la frontière gréco-albanaise comme des notes sur une portée musicale. Peut-être un clin d’œil à la formidable bande-originale d’Éléni Karaïndrou

La Vie d’Adèle (2013)

Ce film d’Abdellatif Kechiche, tiré du roman graphique Le Bleu est une couleur chaude, a défrayé la chronique en 2013. Abordant avec un réalisme très cru la question de l’homosexualité, ses conditions de tournage, dénoncées par les deux actrices principales, ont suscité de vives polémiques. Mais, du côté de la critique, La Vie d’Adèle a reçu un éloge unanime. En témoigne la décision exceptionnelle du jury du festival de Cannes 2013 d’attribuer trois Palmes d’or : une au réalisateur et une à chacune des actrices.

Le cinéma de Kechiche est réputé pour son naturalisme forcené, presque épuisant à la longue. Avec La Vie d’Adèle, il est au sommet de son art. Ses cadrages très serrés, sa gestion du champ et du contre-champ, l’économie de mots de ses dialogues et le perfectionnisme acharné qu’il impose à ses acteurs produisent un sentiment de réalisme qui happe le spectateur et le plonge dans les tourments d’Adèle. La jeune lycéenne, qui découvre son homosexualité et parvient à l’apprivoiser, expérimente les douleurs de l’amour dans une passion si universelle qu’elle relègue finalement l’homosexualité au second plan. En offrant à l’homosexualité ce traitement universaliste, Kechiche rend sa représentation accessible au grand public et participe à sa normalisation. Un parfait exemple du pouvoir social dont jouit le cinéma, souvent en avance sur son temps.

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